Création d’un espace naturel à haute valeur écologique sur une friche industrielle (Sevran – 93)

 

 

La friche Kodak est un lieu emblématique de la ville de Sevran, en Seine-Saint-Denis. Entre 1925 et 1995, ce site de 13 hectares a été le support d’activités de développement photographique et cinématographique et de synthèse chimique menées par la société Kodak. La fermeture de l’usine, synonyme de crise économique et de perte d’emplois, a fortement marqué les habitants de Sevran. Elle a également laissé derrière elle un sol et des eaux souterraines pollués. Ainsi, d’importantes opérations de dépollution ont débuté en 2003 et se sont poursuivies jusqu’à l’établissement du procès verbal de récolement en 2012. Au total, environ 100 000 tonnes de terres ont été évacuées.

Au cours de cette remise en état, la ville de Sevran a développé un premier projet de réaménagement du site en faveur de ses administrés. Celui-ci visait à créer un parc urbain tourné vers la gestion et la valorisation des eaux pluviales, accompagné d’équipements publics. Trois éléments majeurs de ce projet ont été réalisés : la construction d’une école élémentaire sur le site de l’ancien réfectoire, le réaménagement de l’Avenue Victor Hugo et la création d’un parvis piétonnier et d’un mail devant les groupes scolaires Victor Hugo et Lamartine. Mais la découverte de poches de dissolution de gypse dans le sous-sol a mis un terme au projet et a amené Sevran à rechercher un projet plus naturel qui puisse s’adapter aux caractéristiques géologiques du site. C’est dans ce contexte que Sevran a accepté la proposition de CDC Biodiversité d’intégrer la friche Kodak au programme Nature 2050, en faisant ainsi le premier site pilote urbain.

Depuis 2013, la friche Kodak est ouverte au public. Sa situation dans une zone pavillonnaire, en bordure du canal de l’Ourcq et à proximité de groupes scolaires en fait un espace de loisirs apprécié des usagers. Cette localisation est également un atout pour la biodiversité puisque le canal de l’Ourcq et les trames des lignes RER constituent des corridors écologiques rejoignant le Parc forestier de la Poudrerie, Zone de protection spéciale (ZPS) du réseau Natura 2000 et important réservoir de biodiversité. De plus, dans le contexte particulièrement urbanisé de la petite couronne d’Ile-de-France, les espaces naturels sont rares et la friche Kodak représente un véritable refuge pour la biodiversité.

N’ayant pas fait l’objet d’aménagement ou d’entretien depuis la fin des opérations de dépollution, la friche s’est revégétalisée spontanément et une diversité de paysages s’y est développée. Le bureau d’étude Biodiversita et le CORIF, tous deux missionnés par CDC Biodiversité, ont confirmé le potentiel écologique du site (deux zones humides temporaires, des friches herbacées et des espaces à faciès forestier) ainsi que la présence d’espèces de flore ou de faune rares ou protégées.

L’action Nature 2050 proposée par CDC Biodiversité vise à favoriser une dynamique d’évolution naturelle du site pour qu’il développe et maintienne dans le temps un optimum écologique garantissant l’adaptation du territoire aux changements climatiques attendus d’ici 2050. Le projet revêt également un enjeu social : celui de faire accepter au public un espace de nature qui ne soit pas géré comme un parc urbain. En juin 2017, CDC Biodiversité et la ville de Sevran ont adopté le plan de gestion du site, élaboré conjointement, et se sont engagés dans un partenariat de long terme visant à mettre en œuvre ce plan de gestion et les ambitions du programme Nature 2050 qui y sont associées.Ainsi, la restauration de la Friche Kodak permettra de :

  • relancer l’activité microbiologique du sol, essentielle à la captation de carbone,
  • favoriser l’expression de la flore spontanée, plus à même de s’adapter aux changements climatiques,
  • pérenniser un espace de nature participant à la lutte contre les îlots de chaleur urbains.

Les travaux démarrés fin 2017 consistent à : conserver la mosaïque paysagère, travailler les cheminements du parc, laisser maturer les espaces boisés, maintenir ou reconquérir les milieux ouverts (friches herbacées), restaurer l’équilibre écologique des zones humides et reconnecter le site avec les corridors écologiques du territoire (canal de l’Ourcq notamment). L’engagement Nature 2050 implique également la mise en place d’un protocole de suivi de l’évolution de la biodiversité. Celui-ci permettra au besoin de réorienter l’aménagement et la gestion du site pour qu’il conserve son optimum écologique jusqu’en 2050.