Claire Tutenuit, Déléguée générale de l’association française des Entreprises pour l’Environnement

Claire Tutenuit, Déléguée générale de l’association française des Entreprises pour l’Environnement (EpE), s’appuie sur son expérience au sein de l’association pour décrire la façon dont les entreprises privées appréhendent la biodiversité et les solutions fondées sur la nature.

L’association française des Entreprises pour l’Environnement (EpE) rassemble une quarantaine de grandes entreprises de tous secteurs qui partagent la vision de l’environnement comme source de progrès et d’opportunités, et travaillent ensemble à mieux l’intégrer dans leurs stratégies et leurs opérations. La biodiversité fait depuis longtemps partie de ses thèmes de travail, et nombre des membres sont engagés en faveur de la biodiversité. Certains, carriers ou gestionnaires d’infrastructures linéaires, sont familiers de la gestion directe d’écosystèmes de valeur, tandis que  d’autres ont mis en place des politiques pour assurer que leur approvisionnement en matières premières respecte les écosystèmes, ou que l’usage de leurs produits ou services n’ait pas de conséquences négatives.

Ce faisant, les membres d’EpE ont depuis longtemps pris conscience des nécessités de l’adaptation au changement climatique pour leurs propres activités et pour les écosystèmes avec lesquels ils interagissent. De plus en plus ils intègrent cette dimension à leurs activités, et je vais en citer deux exemples.

  • La notion de continuité écologique est ainsi entrée rapidement dans les modes d’actions des gestionnaires d’infrastructures linéaires, RTE (lignes haute tension), Vinci (autoroutes) ou SNCF. Si ces infrastructures constituent des barrières entravant la circulation transversale des espèces, elles peuvent aussi se révéler des continuités écologiques intéressantes dans le sens longitudinal, si elles sont conçues et maintenues avec cet objectif. Cela n’a pas toujours été le cas jusque récemment, mais le devient au fur et à mesure que les gestionnaires prennent conscience de cette potentialité et élaborent les méthodes de gestion appropriées. Transformer ces corridors en infrastructures écologiques demande des méthodes de gestion innovantes, et représente un vrai défi tant les entreprises sont habituées à standardiser leurs façons de travailler dans un souci d’optimisation économique.  Par exemple dans le cas de RTE, les cahiers des charges des milliers de prestataires qui coupent les arbres et broient les matériaux coupés sous les 100 000 km de lignes doivent être changés pour dire : « trouvez une solution locale, qui fasse de cette zone un corridor privilégié de migration des écosystèmes situés plus au sud ». C’est un autre niveau de complexité, même si les travaux d’entretien alternatifs ne doivent pas coûter beaucoup plus cher, et peuvent d’ailleurs ne pas coûter plus cher si l’on imagine une occupation du terrain éventuellement rentable. En revanche, ce changement de mode de gestion à grande échelle est un vrai défi !
  • Un autre exemple est l’intégration de la dimension « adaptation » à la construction urbaine. Vinci utilise ainsi les travaux de sa chaire universitaire « Ecoconception des ensembles bâtis » pour ce faire ; la planification inclut des noues ou mares, des arbres et espaces choisis pour leur adaptation aux changements climatiques et leur capacité à rafraîchir dans quelques décennies les quartiers devenus plus chauds.

Ces exemples montrent que les entreprises qui comprennent les enjeux de l’adaptation peuvent trouver des solutions fondées sur la nature pour répondre à leurs besoins tout en intégrant le défi de l’adaptation à coût minimum. En revanche, et même avec cette intégration, les solutions identifiées sont souvent plus coûteuses, au moins à court terme, que les solutions de référence. Même dans le cas de grands acteurs, le niveau de l’investissement à consentir peut être un frein à l’adoption de solutions fondées sur la nature qui répondent au défi de l’adaptation en même temps qu’elles remplissent leur fonction principale. C’est à cette difficulté que peut répondre le programme Nature 2050, qui permet d’investir dans les infrastructures écologiques et d’en garantir la pérennité sur plus de 30 ans à travers des changements toujours possibles de gestionnaires des espaces. Les membres d’EpE espèrent donc vivement le succès du programme !

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