3 questions à…Dominique Aribert, Directrice du Pôle Conservation de la nature à la LPO et Frédéric Corre, Conservateur de la Réserve Naturelle de la Baie de l’Aiguillon

Pouvez-vous nous présenter le projet, ses objectifs et le rôle de la LPO dans sa gestion ?

La LPO, co-gestionnaire de la réserve naturelle de la Baie de l’Aiguillon avec l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, s’est engagée avec le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin dans un vaste programme de restauration des milieux naturels de la Baie et des espaces naturels limitrophes. Ce programme a commencé en 2016 et s’achèvera en 2021.

Dans ce programme, la LPO engage un programme de restauration des vasières : l’objectif est d’enlever plus de 150 hectares de crassats d’huîtres accumulés sur d’anciennes installations pour la mytiliculture (moules de bouchots). Cette opération permettra de remettre à nu autant de surface de vasières, milieu dans lequel viennent s’alimenter les oiseaux limicoles.

Quel est le lien de ce projet avec Nature 2050 ?

La Barge à queue noire, espèce limicole

L’action s’inscrit dans un cadre expérimental et à grande échelle : sommes-nous capables de restaurer des habitats naturels de vasières et de les maintenir dans le temps ? C’est un enjeu important pour nous car s’il n’est plus à démontrer leur importance en termes de biodiversité, les menaces qui pèsent sur les vasières à l’échelle mondiale sont importantes (urbanisation, développement d’activités industrielles et portuaires, pollutions, etc.). Les changements climatiques sont un enjeu central car les vasières sont dans la zone de balancement des marées et il est évident que la montée du niveau moyen des mers aura un impact définitif sur ces espaces.

Enfin, de nombreuses espèces vivant dans les vasières sont hyper spécialisées avec des tolérances à des modifications de leur environnement faibles. On peut ainsi se poser la question de la capacité à s’adapter au réchauffement climatique d’un petit coquillage plutôt nordique, Macoma balthica. La Baie de l’Aiguillon et les pertuis charentais sont la limite de répartition sur la façade atlantique française de ce bivalve. Quelle capacité a-t- il à s’adapter au réchauffement climatique ?

© 2011 Macoma balthica (Baltic Tellin) de S. Rae, sous la licence CC BY 2.0

Difficile de répondre mais il est sûr que conserver et restaurer les habitats où il vit ne peut qu’être favorable. Rappelons également que Macoma balthica est une source alimentaire primordiale pour de nombreux oiseaux limicoles qui fréquentent la baie par dizaine de milliers en hiver. Sa raréfaction ou disparition sur les vasières aurait un impact extrêmement important à une échelle beaucoup plus large que la Baie de l’Aiguillon.

 

Quel est l’état d’avancement du projet ?

Les premiers travaux sont prévus à partir de septembre 2017. Nous sommes en cours de rédaction du cahier des charges pour les travaux afin de lancer les appels d’offre en mars. C’est une procédure lourde et complexe mais nous sommes dans le cadre d’un programme Life et sommes soumis fort logiquement à des obligations de mise en concurrence et de transparence dans l’attribution des marchés de travaux.

Plusieurs actions préliminaires sont en cours et l’instruction réglementaire pour les travaux est en cours de finalisation. C’est une phase importante car même si l’objectif de restaurer des habitats de vasières est positif, nous sommes en Baie de l’Aiguillon dans un espace naturel protégé. Par conséquent, nous devons être irréprochables en matière de prise en compte de l’environnement dans toutes ses dimensions.

En parallèle, le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin a dirigé une mission aérienne de relevé altimétrique par laser grâce à laquelle nous avons obtenu un modèle numérique très précis des vasières avant travaux. Cela nous permettra, en reconduisant l’opération à la fin du projet, d’évaluer l’impact de l’enlèvement des structures conchylicoles et des crassats, véritables pièges à sédiments, sur la courantologie et la sédimentation.

De plus, l’enjeu étant de restaurer des habitats de vasières, un inventaire initial de la faune a débuté sur les milieux concernés par le projet et sera reconduit après travaux. Il est en effet important de déterminer quelles espèces et habitats sont présents, avant et après travaux, afin d’évaluer finement si nous avons atteint nos objectifs.

Créée en 1912, la LPO a pour but la protection des oiseaux, de la faune sauvage, de la nature et de l’homme, par la connaissance, la protection, l’éducation et la mobilisation. Pour cela, elle entreprend des programmes de conservation d’espèces fragiles et/ou menacées et de leurs habitats. A ce titre, elle développe des opérations de suivi scientifique, de location, d’acquisition et de gestion de terrains biologiquement riches, participe activement à l’application de mesures agricoles respectueuses de l’environnement et à la création d’espaces naturels protégés.

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