Depuis 2016, CDC Biodiversité pilote le programme Nature 2050 afin de contribuer à l’adaptation des territoires en France au changement climatique par la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature. À travers Nature 2050, CDC Biodiversité et ses partenaires insistent sur le rôle essentiel de la biodiversité dans l’indispensable évolution de nos villes, campagnes, forêts et littoraux pour un environnement vivable et, de ce fait, une meilleure santé.

La crise sanitaire actuelle nous rappelle les interdépendances entre biodiversité et santé, et ainsi l’urgence d’agir en faveur de la préservation et de la restauration des écosystèmes. Repenser notre relation à la nature, c’est limiter certains risques infectieux et renforcer la prévention des maladies chroniques. Pour y arriver, il est primordial d’inscrire la biodiversité au cœur de nos activités et de nos territoires pour construire une société durable, résiliente et solidaire.

« Les activités humaines ont modifié pratiquement tous les coins de notre planète, de la terre aux océans. Et comme nous continuons à empiéter sans relâche sur la nature et à dégrader les écosystèmes, nous mettons en danger la santé humaine. »

Le programme Nature 2050 agit d’ores et déjà en ce sens grâce au soutien de nombreux partenaires publics, scientifiques, et associatifs, mais également grâce à l’engagement volontaire de 40 entreprises à ce jour. En effet, Nature 2050 soutient les actions de 34 porteurs de projets (collectivités, associations, etc.) qui souhaitent s’engager pour leur territoire et le bien-être des populations qui y vivent en restaurant la biodiversité et en limitant les impacts du changement climatique (îlots de chaleur urbains, inondations, sécheresses, érosion des sols, submersion marine, etc.).

I. Renforcer les milieux naturels diversifiés pour lutter contre les maladies infectieuses

La pandémie du Covid-19

D’origine infectieuse, le Covid-19 s’est rapidement répandu de continents en continents, paralysant nos sociétés. S’il reste quelques incertitudes quant à l’origine de la transmission à l’être humain, l’hypothèse partagée est la transmission du virus d’une chauve-souris à un hôte intermédiaire (le pangolin) pour se recombiner et contaminer l’être humain à la suite de la consommation de l’animal. Toutefois, cette maladie infectieuse n’est pas la première à émerger, les dernières décennies ayant vu l’apparition de nombre d’entre elles (Morand et Figuié, 2016) et une multiplication par 4 du nombre d’épidémies (Smith et al., 2014).

« La perte de biodiversité induite par les activités humaines est à l’origine d’une progression des maladies infectieuses à l’échelle mondiale », déclarait Serge Morand, Écologue de la santé, Directeur de Recherche au CNRS et au CIRAD, lors du colloque « Biodiversité et Humanité : une seule santé » organisé en janvier 2020 par CDC Biodiversité.

À travers ses actions, l’être humain est davantage en contact avec des espèces auxquelles il n’était pas confronté auparavant. Il modifie les dynamiques des agents infectieux, perturbe la répartition et la composition des communautés végétales et animales, et fragmente les habitats. La détérioration des écosystèmes par les activités anthropiques et la prédominance de l’être humain entraînent un dérèglement des milieux et par conséquent les conditions favorables à l‘émergence de maladies infectieuses Le graphique ci-dessous montre par exemple que le changement d’usage des sols, principale cause d’érosion de la biodiversité, contribue à l’émergence de 43% des maladies infectieuses, principalement à travers la déforestation et l’extension des surfaces agricoles.

Au contraire, dans un écosystème préservé et fonctionnel où de nombreuses espèces interagissent, la circulation des pathogènes est diluée par la diversité des formes vivantes, ainsi leur propagation est largement freinée : c’est ce qu’on appelle l’ « effet dilution ».

L’homogénéité grandissante des espèces, dans le secteur agricole et forestier particulièrement, entraîne une diminution drastique des espèces dites « cul-de-sac ». Ces espèces captent les pathogènes mais ne le transmettent pas, permettant ainsi de neutraliser la propagation de la maladie. Cet effet dilution par la biodiversité est donc mis à mal, favorisant l’émergence et la diffusion des virus.

Nature 2050 s’engage

Le programme Nature 2050 accompagne les secteurs agricoles et forestiers dans des transitions de pratiques sur l’usage des sols vers une diversification des espèces (adaptées au changement climatique), un renforcement de la fertilité des sols et de leur capacité d’infiltration. Nature 2050 accompagne ainsi 19 projets de transition agricole et forestière.

Un de ces 19 projets vise à adapter la Forêt Cévenole aux conditions climatiques actuelles et futures afin que celle-ci ne disparaisse pas complètement et puisse maintenir les nombreux services écosystémiques qu’elle rend tels que la réduction du risque d’inondation dans les vallées (absorption de l’eau). Plus de 50% des châtaigneraies constituant aujourd’hui la forêt cévenole sont en dépérissement, en raison de la faible résilience de la forêt face à l’augmentation des températures et des périodes de sécheresse. Afin que la forêt cévenole ne disparaisse pas, CDC Biodiversité, en coopération avec les acteurs forestiers locaux, a lancé en 2017 un projet expérimental d’introduction d’essences forestières diversifiées et de mise en œuvre d’itinéraires techniques compatibles avec le scénario de réchauffement climatique +2°C.

11-Forêt-Cévenole_©J.Bourrely

II. Restaurer la biodiversité pour une meilleure qualité de vie et une diminution des maladies chroniques

De nombreux facteurs tels que la malnutrition[1], le manque d’activité physique ou la diminution de la qualité de l’air entraînent un accroissement des maladies chroniques dans nos sociétés actuelles. La biodiversité offre des solutions afin de lutter contre ces phénomènes et par conséquent peut participer à l’amélioration de la santé humaine. Restaurer les écosystèmes, végétaliser les villes, diversifier notre agriculture sont autant de moyens préventifs permettant de diminuer les risques de maladies chroniques.

[1] Selon l’OMS (2016), « par « malnutrition », on entend les carences, les excès ou les déséquilibres dans l’apport énergétique et/ou nutritionnel d’une personne ».

a) La biodiversité pour lutter contre les îlots de chaleur et assainir l’air

Dans les grandes agglomérations françaises, certains polluants dépassent les seuils réglementaires, comme en Île-de-France avec le dioxyde d’azote, les particules fines (PM10 et PM2.5), l’ozone ou encore le benzène, selon AirParif (2019).

Cette dégradation a de nombreux effets néfastes sur la santé : difficultés respiratoires, cancers, perturbations du système immunitaire, etc. Santé Publique France estime que la pollution par les particules fines est à l’origine de plus de 48 000 décès prématurés par an en France, soit 9% de la mortalité et une perte d’espérance de vie à 30 ans pouvant dépasser 2 ans (Medina S., Pascal M., Tillier C, 2016).

Or, la biodiversité peut contribuer à l’assainissement de l’air, particulièrement en milieu urbain. Certaines espèces végétales ont ainsi la capacité d’absorber et de supprimer des gaz polluants. Le peuplier noir a par exemple démontré une forte capacité d’assimilation du dioxyde d’azote – N02 (APPA Nord-Pas de Calais, 2014). Permettant de s’éloigner des points d’émissions des polluants, les espaces de nature constituent donc de véritables « oasis d’air pur » en ville. De plus, ces espaces permettent de modifier les comportements les plus polluants, par exemple en favorisant le développement de la mobilité douce (vélo, marche…).

Plus largement, la biodiversité en ville permet de lutter contre les îlots de chaleur en réduisant les températures de plusieurs degrés, grâce au phénomène d’évapotranspiration qui augmente la dispersion des polluants et le développement d’espaces ombragés. Certaines études montrent des baisses de température jusqu’à 2,5°C à Valence ou Montréal par exemple (APPA Nord-Pas de Calais, 2014)

« La biodiversité peut être à la fois une source d’inspiration et une solution pour les problématiques liées au milieu urbain »

Nature 2050 s’engage

La végétalisation des villes représente une priorité d’action pour le programme Nature 2050. Ainsi, CDC Biodiversité a décidé de s’associer à la Métropole du Grand Paris en 2019 pour lancer un appel à projets commun à l’attention des 131 communes métropolitaines dans le but de renforcer la résilience de la Métropole face au changement climatique par la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature. 9 projets lauréats ont été sélectionnés, représentant plus de 4 millions d’euros mobilisés au total. Ils seront mis en œuvre dès 2020 puis suivis jusqu’en 2050.

Villeneuve-le-Roi, une des communes lauréates, a débuté la mise en œuvre de son projet « le village aux 4 000 arbres ». Celui-ci vise à créer un corridor de biodiversité depuis les pistes de l’aéroport jusqu’à la Seine par la plantation de jeunes sujets. Des boisements denses seront ainsi créés sur 6 sites stratégiques à travers la ville, constituant des îlots de fraîcheur pour les habitants notamment en période caniculaire.

b) L’approvisionnement en aliments sains et diversifiés

L’essor de la consommation de produits ultra-transformés et de pauvre qualité nutritionnelle engendre un accroissement de la malnutrition et donc des maladies chroniques. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, « plus de deux milliards de personnes souffrent de cette “faim cachée” liée à une déficience en éléments nutritifs » (Dary et Hurrell, 2006).

Selon le rapport EAT, publié par la revue Lancet en mai 2019, « la perturbation du cycle alimentaire est directement liée aux dysfonctionnements des écosystèmes ». L’apport en aliments sains, diversifiés et de bonne qualité nutritionnelle dépend de la préservation de la diversité biologique et par conséquent de notre capacité à faire évoluer nos modèles agricoles conventionnels vers une agriculture diversifiée et respectueuse de son environnement.

Nature 2050 s’engage :

Le programme Nature 2050 souhaite favoriser la transition écologique des systèmes agricoles en priorisant la diversité génétique des espèces animales et végétales, le renforcement de la biomasse du sol et des infrastructures agroécologiques permettant notamment le renforcement des auxiliaires de cultures.

L’objectif du projet agro-sylvo-pastoral de la Ferme Les Champs l’œil en Dordogne est d’inscrire la biodiversité au cœur d’un modèle agricole économiquement rentable. Sur 8 hectares, le projet vise à associer des essences d’arbres et de plantes locales, sauvages et anciennes pour stimuler la biodiversité tout en assurant une production agroécologique de fruits de qualité. Des espaces de vergers et pré-vergers, parfois couplés à du maraîchage, et accompagnés de haies champêtres et de mares seront ainsi créés.

Ferme les Champs l'Œil

c) La nature comme support de bien-être physique et mental

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande 30 minutes d’activité physique modérée au moins cinq fois par semaine, les modes de vie actuels conduisent à une réduction drastique de l’activité physique. Cette baisse d’activité encourage le développement de maladies chroniques telles que l’obésité ou les troubles mentaux[1]. Pour favoriser la pratique sportive, l’OMS recommande de « veiller à ce que l’environnement physique favorise des déplacements actifs et sûrs, et de créer des espaces pour les activités récréatives » (2010).

[1] Les troubles mentaux, bien qu’évoquant des maladies comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires dans le langage courant, font aussi référence à des affections telles que la dépression, le stress chronique ou les comportements antisociaux.

Nature 2050 s’engage

À travers ses actions en faveur du renforcement de la biodiversité en ville, le programme Nature 2050 souhaite créer des espaces naturels au cœur de villes carencées en espaces verts. À cette fin, Nature 2050 met en œuvre depuis 2017 un projet de renaturation de la friche de l’ancienne usine Kodak à Sevran (Seine-Saint-Denis). Ce projet a permis de créer un espace naturel de plus de 9 hectares en cœur de ville, offrant ainsi aux habitants de la ville et du territoire un espace de promenade, où pratiquer des activités sportives telles que le vélo, la marche à pied ou la course.

Nature 2050 et la Métropole du Grand Paris ont également décidé en 2019 de soutenir le projet « La Nature au Cimetière » mis en œuvre par la Ville de Meudon dans le cimetière des Longs Réages. Grâce à la déminéralisation des allées, la plantation d’arbres et de plantes d’essences variées, cet espace est amené à devenir un lieu de promenade agréable pour les visiteurs et un nouveau lieu de passage important pour les habitants de la ville liant le centre-ville et la gare de RER.

Friche Kodak ©CDC Biodiversité

Les modes de vie actuels contribueraient également à l’augmentation du stress chronique, de la dépression et de l’anxiété. Aujourd’hui, la dépression concernerait 264 millions de personnes dans le monde selon l’OMS (2018). Les bienfaits de la nature sur la santé mentale ont été démontrés, procurant un sentiment d’apaisement et des stimulations sensorielles. En effet, alors que l’environnement urbain provoque de nombreuses sollicitations et stimulations (bruits, lumière, odeurs…) augmentant la fréquence cardiaque et le taux de cortisol (hormone du stress), « passer au moins 20 min dans un espace de nature permet de diminuer efficacement la sécrétion de cortisol et donc de lutter contre le stress » (CDC Biodiversité et Fondation Rovaltain, 2019).

Nature 2050 s’engage

Nature 2050 et la Métropole du Grand Paris soutiennent le projet lauréat du Kremlin-Bicêtre « L’Escale Végétale » visant à transformer les espaces minéraux et mal appropriés de la place Victor Hugo en projet en faveur de la biodiversité par la végétalisation et l’agroforesterie urbaine. La sociabilité étant une caractéristique indispensable au bien-être de l’individu, la solitude renforçant les risques de mortalité (risques cardiovasculaires, pression artérielle accrue, déclin des performances cognitives…), ce projet représente une véritable opportunité de créer du lien social grâce à des animations autour de plantes comestibles et donc de contribuer positivement au bien-être général des habitants du quartier.

CONCLUSION

Ces différents exemples d’actions concrètes démontrent la nécessité pour nos sociétés d’adopter une approche systémique des enjeux sanitaires, environnementaux et économiques actuels si nous souhaitons éviter que de nouvelles crises similaires à celle du Covid-19 se reproduisent à une fréquence et une intensité plus élevée dans les prochaines décennies.

La dynamique actuelle d’effondrement de la biodiversité, mise en exergue par l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques de l’IPBES[1] en 2019, entraîne d’ores et déjà une recrudescence des risques pour la santé humaine, incitant à agir immédiatement.

À travers le programme Nature 2050, CDC Biodiversité souhaite œuvrer en ce sens et appelle l’ensemble des acteurs publics et privés à rejoindre l’initiative. Les solutions fondées sur la nature, par leurs actions de préservation et de restauration d’écosystèmes naturels, permettent de répondre conjointement aux défis d’adaptation des territoires aux changements climatiques, de lutte contre l’érosion de la biodiversité ainsi que d’amélioration de la santé humaine, et plus largement du bien-être des populations.

[1] Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques.

BIBLIOGRAPHIE

  • Airparif (2019). Surveillance et information sur la qualité de l’air en Île-de-France, Bilan de la qualité de l’air année 2018, Paris, France, 92p.
  • APPA Nord-Pas de Calais (2014). Végétation urbaine : les enjeux pour l’environnement et la santé, Dossier thématique, Loos, France, 27p.
  • CDC Biodiversité et Fondation Rovaltain (2019). Santé et Biodiversité : nécessité d’une approche commune, Mission Économie de la Biodiversité, Paris, France, 52p.
  • Dary, O., Hurrell, R. (2006). Guidelines on food fortification with micronutrients. World Health Organization, Food and Agricultural Organization of the United Nations, Geneva, Switzerland, 376p.
  • EAT – Lancet Commission (2019). Une alimentation saine issue de production durable : Rapport de synthèse de la Commission EAT-Lancet, 30p.
  • GBD 2017 Disease and Injury Incidence and Prevalence Collaborators (2018). Global, regional, and national incidence, prevalence, and years lived with disability for 354 diseases and injuries for 195 countries and territories, 1990–2017: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2017, The Lancet, Volume 392, Issue 10159, p.1789-1858.
  • Medina S., Pascal M., Tillier C (2016). Impacts de l’exposition chronique aux particules fines sur la mortalité en France continentale et analyse des gains en santé de plusieurs scénarios de réduction de la pollution atmosphérique, Santé publique France, Saint-Maurice, France, 12p.
  • OMS (2010). Recommandations mondiales sur l’activité physique pour la santé, Organisation mondiale de la Santé, 60p.